aparté
24 avril 2012 à 22:27 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentairece n’est pas un nouveau billet, juste un questionnaire à remplir pour mes visiteurs, pour alimenter la thèse d’une future consœur.
si vous passez par là, si vous ne l’avez pas déjà rempli sur le site d’un autre médecin bloggeur, allez-y,
cliquez
Merci pour elle.
Une histoire banale
14 février 2012 à 09:46 | Publié dans diagnostic, gardes, Médecine, urgences | 11 CommentairesTags : clinique, garde, histoire, médecine, respect, urgences
“Allo? Bonjour. C’est ma femme. Elle est tombée dans la rue, et elle a mal au bras….”
Je les connais bien. Ils ont plus de 80 ans, ne se déplacent pas l’un sans l’autre, s’épaulent et se soutiennent mutuellement…. Il y a un an, elle a fait un infarctus et ne s’est décidée à m’appeler qu’après quatre heures de douleurs. Elle s’en est remise tout doucement, elle commençait à reprendre une vie normale et aussi active que possible…
Bon, éclaircir la situation.
- Elle est tombée où ? Comment?
- Nous étions dans la rue, nous allions faire les courses. Elle a trébuché et elle est tombée…
- Elle a eu un malaise ?
- Non, non, elle a vraiment trébuché, sur le trottoir il y avait un trou…
- Elle s’est relevée seule?
- Non, je l’ai aidée, et aussi des gens qui passaient… Un commerçant a sorti une chaise, elle s’est reposée un peu, et on est rentrés doucement à la maison, maintenant on est à la maison, mais elle a vraiment mal et ne peut pas bouger son bras.
D’accord. Bien sûr c’est un jour férié, ils habitent à 30 km de PetiteVille, que faire?
-Elle ne veut pas appeler le 15, elle ne veut pas aller à l’hôpital, il ajoute.
Ils sont à 30 km, le temps de récupérer ma voiture, je n’y serai pas avant deux heures, cela m’ennuie que des décisions soient prises hors ma présence, et je ne connais personne dans cet hôpital proche de chez eux.
-Prenez un taxi, et venez à CliniqueRéputée de PetiteVille, je leur propose. Comme ça je vous y rejoins et on pourra faire ce qui est nécessaire.
Je préviens des amis d’amis censés connaître quelqu’un à CliniqueRéputée, et je me prépare à y aller moi aussi.
Quand j’arrive, ils ne sont pas encore là, mais ils débarquent quelques minutes plus tard.
Elle se tient le bras, elle essaie faire bonne figure, mais la douleur se lit sur ses traits. On lui a appris à ne jamais se plaindre, et elle ne se plaint pas, elle dit juste dans un souffle, j’ai vraiment mal…
Au secrétariat des urgences personne n’est prévenu de notre arrivée. Après les formalités d’usage, il faut attendre un peu qu’on nous appelle.
J’explique qu’il s’agit d’une fracture probable, que la personne souffre : pas de problème, il faut attendre comme tout le monde…
Une infirmière sort du service des urgences et l’appelle. Je l’aide à se lever, je me présente, je veux l’accompagner.
- Non, vous, vous restez là, vous attendez, dit l’infirmière en la prenant fermement par l’autre bras et en l’emmenant d’un pas vif qu’elle essaie difficilement de suivre.
Eh oh, je sais qu’elle fait 10 ans de moins que son âge, mais quand même, elle a une fracture là!
J’ai envie de crier, mais je n’ose pas.
En revanche rester là à attendre et la laisser seule, je ne peux pas… Alors je me fais ouvrir la porte des urgences en prétextant qu’on m’a autorisé, je la cherche au milieu des quelques box qui sont là. Je la retrouve au moment où l’infirmière la laisse dans un box en lui disant : “enlevez le haut, le médecin va venir”.
Enlevez le haut…. Toute seule… Avec une fracture de l’humérus probable non immobilisée…. Et on est dans CliniqueRéputée…. Je crois rêver… Heureusement que je suis entrée presque par effraction et que je peux l’aider.
Une autre infirmière qui passe m’interpelle : vous n’avez pas le droit d’être là, le médecin ne sera pas content…
On verra à ce moment là, je lui réponds.
Je suis étonnée cependant, je comprends d’autant moins cette attitude que d’autres patients sont accompagnés, eux.
20 longues minutes se passent. Elle est déshabillée, elle a froid, elle a mal. Je sors du box: “cela va être long? “
“On fait ce qu’on peut….”
10 minutes plus tard: une autre infirmière arrive : “excusez-nous, il y a quelqu’un qui a besoin d’oxygène, l’oxygène est dans ce box où vous êtes, donc on vous change de box….”
Et nous voilà reparties vers un box éloigné, encore plus froid…
Je n’ose plus rien dire, je crains que cette longue attente ne soit due à mes protestations du début…
Le médecin arrive enfin, il voit la situation… et demande une radio… Pas trop tôt.
Nous partons pour la radio, proche heureusement. La manipulatrice la fait entrer, et me la rend quelques minutes plus tard.
Retour dans le box.
Nouvelle attente.
15 minutes plus tard, le médecin revient avec la radio : c’est cassé (ça ce n’est pas un scoop cher confrère), fracture sans déplacement heureusement…
Il propose de poser une attelle, ce qui me paraît effectivement le mieux. Ainsi fait-il.
À un moment il me dit : c’est drôle, on dirait qu’elle n’a pas très mal, elle ne se plaint pas beaucoup….
Je lui crie presque : mais c’est parce qu’elle n’aime pas se plaindre, mais elle souffre terriblement!
C’est le moment qu’elle choisit pour dire : ” je crois que je ne me sens pas très bien”.
Comprenant enfin, l’urgentiste propose une perfusion d’antalgiques puissants pendant 20 minutes pour la soulager un peu…
Cela la soulage effectivement…
Il y a deux heures que nous sommes arrivées !
Enfin nous pouvons partir, retrouver son époux, préparer le retour au domicile.
Une histoire banale, comme on en voit tous les jours, et qui se termine “bien”.
J’avoue qu’elle me laisse cependant un goût amer.
Si au lieu de la prendre en charge à distance au début, et d’agir seule, je lui avais conseillé d’appeler le 15, on lui aurait sans doute envoyé le Samu, et la prise en charge aurait peut-être été plus rapide, plus efficace, plus adaptée, moins douloureuse ?
Lecteurs médecins, qu’auriez-vous fait pour votre mère ?
Toucher, palper, tâter?
3 janvier 2012 à 12:20 | Publié dans clinique, examen, examen clinique | Laisser un commentaireTags : palpation, palper, toucher
Nous les médecins généralistes, nous touchons beaucoup nos patients, à longueur de journée en fait.
Et apparemment, avec Jaddo, nous sommes un certain nombre à aimer ça….
Mais cela n’est pas forcément naturel, ni vécu de la même manière par tous.
Lorsque j’ai fait mes études, on m’a appris que la consultation commençait par un interrogatoire, et Christiane , en particulier, m’a montré combien il pouvait être important.
Puis vient le déshabillage .
L’examen clinique lui même comportait jadis (il y a encore 20 ans) 4 temps :
L’inspection ( le médecin regarde attentivement), la palpation, (il touche), la percussion (il “percute”, c’est-à-dire qu’il tapote avec ses doigts sur les poumons et le ventre), et enfin l’auscultation, il écoute, en général avec un stéthoscope.
Les moyens modernes d’imagerie et d’investigations ont modifié cette approche, et pourtant…
L’inspection et la palpation restent à mon avis essentiels, tant pour le diagnostic que pour la relation médecin-patient.
Mais ils peuvent heurter la pudeur des patients.
L’inspection nécessite en effet de regarder le patient, mais ce n’est pas un temps nécessairement individualisé.
On le regarde entrer dans le cabinet, marcher, s’asseoir, commencer à parler ou répondre aux questions, ce qui apporte déjà un certain nombre de renseignements. Mais ce regard ne doit jamais être intrusif ou gênant pour le patient.
Je me souviens d’une jeune femme que je voyais pour la première fois. Elle m’avait avoué : ” je ne veux plus voir le Dr X, car la dernière fois il m’a regardé pendant que je me déshabillais…”
Depuis, chaque fois que j’observe un patient (recherche de lésion, étude de la démarche, etc.), je lui précise : “je vous regarde pour voir si vous avez d’autres lésions, ou comment vous marchez….”
Et les patients apprécient ces explications qui resituent le regard dans son contexte professionnel.
Et puis il y a la palpation.
Il y a ce contact entre la peau du médecin et la peau du patient.
Médecin habillé, patient déshabillé.
Il y a un déséquilibre à ce moment là, d’autant que le médecin est celui qui sait.
Il a fallu apprendre à trouver la bonne distance physique et psychique.
Ne pas trop s’approcher car cela pourrait être vécu comme intrusif, ou même, parfois, pour certains hommes devant une femme médecin, comme une invitation.
Mettre de la douceur, de l’empathie, dans ce toucher, mais en même temps de la distance. Toucher n’est pas caresser. Le patient doit sentir que le geste reste professionnel.
Cela se joue au centimètre près.
J’avoue que je ressens un certain plaisir à trouver cette juste distance, cet espace exact qui situe la limite entre le professionnel et l’intrusif.
Et que j’aime bien, en général, cet aspect “manuel” de la médecine générale.
En même temps, parler au patient, lui expliquer ce que je fais, ce que je touche, ce que je palpe…
Cela lève bien des équivoques et permet une relation d’échange.
Et puis il y a le simple contact : serrer la main du patient quand il arrive et quand il part, l’accompagner par une main sur l’épaule quand il s’installe devant mon bureau, poser la main sur son bras lorsqu’il est allongé et que je lui parle, pour apaiser en quelque sorte les craintes provoquées par ce que je lui dis…
J’ai parfois une impression physique, forte, de transmettre au patient, par ce contact, une certaine sérénité.
C’est du vécu, mais aussi du non-dit, du ressenti, différent selon chacun.
Le jour où la médecine sera réduite à des cases qu’il faut remplir, dans quelle case mettra-t-on le toucher ?
2011 in review
1 janvier 2012 à 08:43 | Publié dans Blog | Laisser un commentaireDes infos modestes, mais amusantes…
Rien à voir avec Grange Blanche !
Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2011 pour ce blogue.
Voici un extrait:
Un cable car à San Francisco contient 60 personnes. Ce blog a été visité environ 3 300 fois en 2011. Si c’était un cable car, il aurait fallu à peu près 55 voyages pour transporter autant de personnes.
Mais comment font-ils?
3 novembre 2011 à 17:04 | Publié dans twitter, Vacances | 5 CommentairesTags : tweeter, twitter, twitto
Cela fait maintenant quelques mois que je suis sur twitter.
J’apprécie toujours autant les discussions, et l’atmosphère qui règne, en tout cas dans le petit monde que je lis.
Il y a souvent beaucoup d’humour, et il m’arrive d’éclater de rire devant un tweet particulièrement réussi… Il y a des histoires tristes aussi, mais quoi qu’il en soit, on a l’impression (l’impression seulement, hein, je ne me fais pas d’illusion) d’appartenir à un groupe (je n’aime pas le mot communauté).
Je fais plein de découvertes, en particulier des blogs avec des articles passionnants, par des médecins, des vétérinaires, des étudiants, des pharmaciens, des sages-femmes, des aides soignantes, des infirmières, et aussi des personnes extérieures au monde médical.
Je suis certainement un peu trop enthousiaste, mais je découvre qu’il y a un grand nombre d’auteurs de qualité parmi les rédacteurs de ces blogs. Ils élargissent le champ de notre petite vie, les horizons divers dont ils sont issus permettent d’ouvrir son esprit à d’autres modes de pensée, à des points de vue différents…
Bien sûr il y a le pire aussi, comme tout moyen d’échange et de communication, mais pour le moment j’ai réussi à l’éviter sur twitter en tout cas.
MAIS….
car il y a un mais…
Cette lecture, cette découverte, cette ouverture, nécessitent du temps, et même beaucoup de temps.
Autour de moi, on trouve que je suis accroc, un peu trop sans doute…
J’ai d’ailleurs essayé de convertir mon entourage proche, avec un succès mitigé pour le moment…
Je consacre parfois plus d’une heure rien qu’à lire des tweets et quelques-uns des liens proposés…
Certains jours, quand j’ai beaucoup de travail, je n’ai pas le temps de me connecter du tout! Même quand je suis en vacances, il me paraît impossible d’être présente en permanence, de répondre à tout, de réagir à tout.
Et je me pose LA question : comment font-ils?
Ils travaillent, ils tweetent, mais quand? pendant leurs consultations? juste après?
Ils réagissent tout au long de la journée, du matin au soir, et quasiment en permanence… (c’est l’impression qu’ils me donnent en tout cas).
Je suppose qu’ils tweetent de leurs ordinateurs (ce que j’ai un peu de mal à faire, je n’ai pas trouvé le programme adéquat, je tweete essentiellement de l’iphone ou de l’ipad).
J’aimerais bien en rencontrer un, de twitto, dans la vraie vie, et voir comment il fait pour vivre sa vie et tweeter en plus…
Amis twittos, en tout cas, je vous admire…
Donnez-moi votre secret.
De Soubiran à Jaddo…
24 octobre 2011 à 17:57 | Publié dans Médecine, Souvenirs | 5 CommentairesTags : livres, médecine
Du jour où j’ai voulu faire médecine, les romans écrits par des médecins ont été pour moi d’une part un plaisir et d’autre part une source de réflexion.
J’ai commencé par les Hommes en blanc, d’André Soubiran. J’étais au début de mes études. C’était un livre déjà ancien, on le trouvait en collection de poche, heureusement, car je crois bien qu’il y avait six tomes.
Il racontait une époque révolue, si proche cependant, où le Patron régnait en maître absolu et parfois despotique, où les patients n’avaient que le droit de se taire, où il n’était même pas question de donner un embryon d’explications au malade et encore moins à sa famille. Le médecin ne pouvait qu’avoir raison, et aucune discussion n’était possible. L’avortement était interdit et donc criminel, et les femmes mouraient en nombre sous les yeux désespérés des médecins.
C’était loin derrière nous, et pendant mes études je n’ai que peu rencontré ce type de patrons, et tout allait bien. Je crois que j’ai eu de la chance quand j’ai choisi mes stages.
Je me suis installée, j’ai créé un cabinet de médecine générale dans une zone isolée, et j’ai lu la maladie de Sachs de Martin Winckler. Il racontait ce que je vivais, il se décrivait et je me sentais comme lui, en accord avec lui. J’essayais de traiter mes patients le mieux possible, avec l’empathie nécessaire et j’ai beaucoup aimé son livre.
Et puis il en a écrit d’autres, j’ai appris qu’il avait arrêté d’exercer en France, et je me suis dit qu’il avait peut-être été dégoûté par la pratique de médecine qu’on nous imposait peu à peu.
Quelques années plus tard encore, je suis allée sur Twitter, j’ai découvert les jeunes médecins d’aujourd’hui. Leurs blogs racontent avec leurs mots leurs interrogations, leurs difficultés.
Pour certaines, ce sont les mêmes depuis Hippocrate.
Mais notre société a changé, et ce changement induit une différence considérable dans les rapports médecin patient.
De paternaliste et tout-puissant, celui ci devient un technicien, un égal, voire un inférieur auquel on demande d’apporter une réponse technique à un problème donné.
Dans ce monde où le savoir paraît facilement accessible, les médecins doivent démontrer au quotidien la valeur ajoutée de leurs longues et difficiles études.
Or il ne suffit pas de chercher un renseignement sur internet pour faire une réponse médicale. Il ne suffit pas de consulter un arbre décisionnel pour savoir quelle décision prendre dans un dossier précis.
Parmi eux, comme eux, Jaddo expose ses réflexions de jeune étudiante, de médecin remplaçante.
Elle le fait avec beaucoup de talent, et le livre qu’elle vient de publier devrait avoir un succès amplement mérité.
De livre en livre, d’époque en époque, la médecine se dessine, les médecins se dévoilent, et à travers eux c’est toute la société qui a évolué.
Alors merci à André Soubiran , merci à Martin Winckler, merci à Jaddo, merci à tous les autres médecins, aux autres professionnels de santé aussi (aide-soignante, infirmières, sages-femmes …) qui prennent le temps d’écrire sur leurs blogs, et de donner des médecins et de la médecine, au fil du temps, une image réaliste et humaine.
Christiane
3 octobre 2011 à 09:00 | Publié dans clinique, diagnostic, interrogatoire, Médecine | 11 CommentairesChristiane est une patiente que je connais depuis longtemps.
J’éprouve pour la plupart de mes patients de l’empathie. C’est à dire que j’essaie d’être en phase avec eux, avec leur ressenti, même si j’essaie en même temps de ne pas m’impliquer trop, car il serait désastreux pour un médecin d’éprouver les mêmes sentiments que son patient.
Mais avec Christiane, j’ai un peu de mal. Pourtant Christiane est une femme d’une cinquantaine d’années, qui ne travaille pas mais qui est débordée par les multiples activités d’une femme, épouse, bientôt grand-mère. Sport, réceptions, sorties avec ses amies, elle n’arrête pas. Grande et mince elle serait jolie si elle n’avait pas en permanence un air exigeant, tout en souffrant de tous les maux de la Terre .
En effet Christiane est clairement hypocondriaque, et cancérophobe. Alors tous les trois ou quatre mois, elle prend rendez-vous, en général en urgence relative (elle demande que je la voie dans le premier créneau disponible), et elle me présente son nouveau symptôme. Le sein, le poumon, les os… Tout y passe, année après année. A chaque fois, elle arrive, elle se plaint, me décrit des symptômes parfois banals, parfois plus inquiétants, parfois j’ai l’impression qu’elle me récite ce qu’elle a lu sur internet… Vous ne croyez pas que c’est grave, Docteur?
Je me surprends parfois à être d’emblée sur la défensive, quand elle entre dans le cabinet, parfois un peu fatiguée d’avance , mais je fais un gros effort pour rester souriante, et je pense qu’elle ne se rend compte de rien.
Chaque fois donc, je l’examine très soigneusement, d’une part pour la rassurer, d’autre part parce que j’ai une petite voix en moi (celle de Jaddo s’appelle Ginette, la mienne n’a pas de nom…) qui me chuchote que c’est avec ce genre de patient exaspérant que l’on a des surprises parfois, et donc pour me rassurer aussi.Je limite les examens complémentaires au maximum, je demande à Christiane de revenir dans un mois pour faire le point sur le symptôme afin de ne pas passer à côté de quelque chose, et en général Christiane repart toute contente, ses symptômes déjà presque disparus…
Quand elle arrive ce jour là, c’est comme d’habitude pour se plaindre d’une douleur, cette fois dans l’hypocondre droit (douleur de l’hypocondre, pour une hypocondriaque, c’est banal!). Au début je l’écoute, je l’avoue, d’une oreille un peu distraite. C’est le soir, je suis un peu fatiguée, j’ai envie de rentrer chez moi… Christiane a une voix un peu aiguë, utilise les superlatifs ( j’ai trèèèès mal, docteur) mais quelques éléments de son discours me mettent en alerte. Ma petite voix l’indique : tu es fatiguée par ta journée, cette patiente te fatigue déjà intrinsèquement, même quand ce n’est pas le soir, c’est le bon moyen pour se tromper, négliger un symptôme important…
Du coup j’écoute mieux Christiane. Elle m’explique que cette fois elle a vraiment mal (ce n’est pas la première fois), que ça la réveille la nuit (ça c’est une première), qu’elle n’a plus d’appétit, et qu’elle a maigri. C’est facile à vérifier, je la pèse régulièrement, et effectivement en 3 mois elle a perdu 2 kilos, ce qui n’est pas en soi inquiétant, mais comme elle est très mince et n’a jamais fait de régime, elle est presque maigre maintenant. Bref j’ai envie de la prendre au sérieux, j’ai une impression qu’il faut vérifier, et je lui demande quelques examens complémentaires légers pour commencer. Trois jours plus tard le radiologue m’appelle, il vient de pratiquer l’échographie abdominale que j’avais demandée, il y a une image au niveau de la vésicule biliaire qu’il souhaite vérifier, et il projette de faire un scanner. Je lui donne mon accord et le lendemain le scanner est pratiqué et montre une image très évocatrice de cancer sur lithiase vésiculaire.
Christiane revient, à la fois inquiète et soulagée, Vous voyez Docteur, c’est pas que dans ma tête mes problèmes… et je la confie au chirurgien.
Deux mois plus tard, quand elle reprend rendez-vous, c’est pour me remercier : Docteur le chirurgien a tout enlevé, il m’a dit qu’on avait fait le diagnostic très tôt, et c’est bien parce que vous m’avez écoutée…
Et là, j’avoue que j’ai eu un peu honte d’avoir eu parfois, à son égard… les pensées que j’avais eues…
Première garde
10 septembre 2011 à 23:33 | Publié dans gardes, urgences | 5 CommentairesTags : Électrocution, garde
C’est ma première garde d’interne. Dans Petit Hôpital il y a deux internes et demi en pédiatrie (un demi interne n’est pas un interne qu’on a coupé en deux, c’est un interne qui n’est pas interne mais on fait comme si, et il prend moins de gardes, mais quand même un peu. Heureusement qu’il est là, car sinon un jour sur deux pendant 6 mois c’est lourd).
Donc j’ai commencé lundi, on est dimanche, et me voilà seule aux commandes. Le Grand Chef est chez lui, à 10 minutes. Entre le Grand Chef et moi, il n’y a personne, pas de Petit Chef, pas de sous- chef, personne.
Quoi qu’il arrive, pendant 10 minutes je devrai me débrouiller. Dans Petit Hôpital, le dimanche il y a aussi les autres internes ( médecine, chirurgie, anesthésie réanimation) et les infirmières de garde, c’est tout. Je n’ai jamais été seule aux commandes, et je stresse un peu.
Je suis dans la cour de Petit Hôpital, quand arrive tout d’un coup à vive allure une voiture qui s’arrête juste devant les urgences. Le conducteur s’éjecte et va ouvrir la portière arrière, d’où sort un jeune homme tenant dans ses bras un enfant qui paraît inanimé.
Je me précipite, et les précède dans la salle des urgences en hurlant qu’on appelle l’interne en réa, et mon Grand Chef. Un regard m’a suffi pour me rendre compte que cette petite fille est en état de mort apparente. Pendant que je la masse et que l’Interne en réa arrive et essaie d’organiser une réanimation (mais il n’a pas l’habitude des enfants, c’est un réanimateur d’adulte a priori), le jeune homme me raconte ce qui s’est passé.
Lui il a 18 ans, c’est l’oncle de la fillette, qui s’appelle Diane et a 4 ans. Ils étaient tous réunis pour un déjeuner familial en ce dimanche d’octobre. La petite jouait quand tout d’un coup elle a poussé un cri et s’est effondrée.
Comme l’oncle a suivi des cours de secourisme pour devenir pompier, il sait faire un massage cardiaque externe, il a donc entrepris de la masser.
La famille paniquée n’a pas eu le réflexe d’appeler les secours.
Le père a pris la voiture pendant que la maman restait garder les autres enfants, l’oncle s’est installé sur la banquette arrière avec la petite, et a continué à masser pendant tout le trajet en voiture, d’une quinzaine de minutes.
Diane n’a pas repris connaissance. Son coeur n’est pas encore reparti.
Avec l’interne de réa qui a aussi appelé son chef, avec les infirmières, nous nous affairons. Nous massons, nous essayons de ventiler au masque avec oxygène.
L’interne de réa propose d’intuber. Mais il ne l’a jamais fait sur un petit de cet âge. Moi non plus.
Il essaie néanmoins, et réussit, contre toute attente.
Nous entretenons ainsi une ventilation artificielle plus ou moins efficace.
Entre temps, j’essaie d’en savoir plus sur les causes de l’accident. Je demande si la petite aurait pu faire une fausse route et s’étouffer, si elle a déjà perdu connaissance, si elle a pu avoir accès à des médicaments ou des produits toxiques. J’apprends qu’elle a fait des convulsions hyperthermiques quand elle avait deux ans.
Surtout, la maman restée à la maison fait aussi son enquête, et découvre que le grand frère de Diane, qui a 5 ans, déclare que le radiateur électrique l’a “mordu” au moment où sa petite soeur perdait connaissance. Effectivement, dit la maman, ce radiateur semble avoir disjoncté.
Dès lors le diagnostic d’électrocution semble le plus probable, expliquant l’arrêt cardiaque et respiratoire brutal.
Les grands chefs sont arrivés et font tout ce qu’ils peuvent pendant une bonne demi-heure. Je me suis écartée pour les laisser travailler. Des ordres brefs, des piqûres de tous les côtés.
Quand ils s’arrêtent soudain, je lis dans leurs yeux à la fois le désespoir et la haine.
Quant à moi, je me sens vidée, j’ai envie de pleurer mais il ne faut pas, pas maintenant, je revis la scène en me posant plein de questions.
Mon Grand Chef m’explique que de toute façon, l’arrivée de l’enfant 20 minutes après l’arrêt cardio circulatoire était de mauvais pronostic.
Il a fallu pourtant terminer cette garde, avec des rhinopharyngites, des parents mécontents d’avoir attendu, et enchaîner la semaine suivante, et des années de garde, puis d’exercice.
J’ai eu d’autres cas difficiles, d’autres histoires qui se sont mal finies, beaucoup d’autres urgences.
Mais celle-là garde une place à part dans ma mémoire.
Jetez-moi tout ça
18 août 2011 à 09:03 | Publié dans Souvenirs | 4 CommentairesTags : livres, Rangement, souvenirs
Hier soir j’ai fait du rangement dans mon cabinet. En réalité j’ai COMMENCÉ à faire du rangement, parce que ce n’est pas en une soirée que ça peut être réglé.
Principe numéro 1 : pour ranger il faut faire de la place. En effet, il n’y a plus de place nulle part dans mon cabinet ni chez moi, donc il faut faire du vide.
Principe numéro 2 : Selon les principes des vases communicants, on va commencer par l’extrémité ultime de la chaîne de rangement, la cave du cabinet.
Je m’explique : quand on n’a plus de place, on se dit que tel objet on y tient, il peut encore servir, on ne veut pas le jeter, donc on le met A LA CAVE.
Viens le jour où même à la cave il n’y a plus de place, et donc, l’objet, après un certain temps passé à la cave, va pouvoir être jeté.
Remarquez bien, j’aurais pu le jeter il y a 15 ans, quand je l’ai descendu à la cave, mais non. Le stage à la cave est une étape nécessaire chez les Jasamod avant une séparation définitive.
Ainsi fut entrepris, hier soir, à la lueur de la minuterie. Donc on commence par la cave.
J’ai pu faire disparaitre des objets sans doute de collection, comme un Mac de 1992, date à laquelle nous, les Mac-addict, nous sommes passés à l’ennemi, au monde PC.
(Ironie de l’histoire je reviens au monde Apple par l’iPhone et l’iPad…)
Bon à propos du Mac, n’essayez pas de le récupérer comme une pièce de collection, les encombrants ont dû le prendre ce matin, à moins qu’un passant malin ne l’ai emporté avant, avec tous les modes d’emploi utiles, son imprimante, des disques durs, toute la connectique.
Et puis d’autres appareils aussi inutiles et hors service , par exemple un lecteur de K7 audio, je suis sûre que les jeunes ne savent même pas à quoi ça ressemble une cassette audio, et puis j’ai déjà numérisé les cassettes vraiment importantes, les enregistrements perso, ceux qui n’existeront jamais en CD…) et puis de toute façon s’il est à la cave c’est qu’il ne fonctionne plus….
Ça, c’était le plus facile.
Ensuite sont arrivés les cartons de livres.
Il faut dire que chez les Jasamod on aime les livres, on a tendance à en acheter, beaucoup, et on a du mal à s’en séparer. Je ne parle pas des livres de qualité, non, ceux là figurent dans la bibliothèque familiale, mais il y a les livres de nos études, ceux qui sont trop abîmés pour être exposés, ceux qu’on a lus le temps d’un été mais qui ne valent pas grand chose… La collection de livres en 25 volumes (1 carton entier) que M. Jasamod a reçu en cadeau de sa môman quand il avait 10 ans, et dont il ne séparerait pour rien au monde.
Bref la discussion a été ardue, on a jeté un tout petit peu, on a gardé beaucoup, mais finalement on a bien dû libérer un mètre cube dans cette cave.
Remontés dans le cabinet, car je vous rappelle que nous en étions à la première étape, nous avons attaqués la deuxième étape : dans les placards du cabinet voir ce qui peut être jeté directement, et ce qui doit transiter par la cave “maintenant qu’il y a de la place”.
Je vous passe sur les difficultés de départ : pour ouvrir les placards en question, trouver où la secrétaire, qui est en vacances, a rangé les clés, etc.
Et là placards ouverts, découvrir des trésors :
Bien rangés dans des chemises cartonnées, toute une époque de ma vie, il y a 10 ans à peine, que j’avais un peu oubliée.
Toutes ces formations auxquelles j’avais participé, que j’avais organisées parfois, les réponses aux appels d’offres ( les initiés comprendront, je ferai un billet sur ce sujet un jour, quand le formalisme devient plus important que le contenu), les signatures des présents, les programmes, les échanges de courriers, bref tout ce travail énorme fait il y a seulement quelques années…
Mais aussi la poupée de mon enfance que je n’avais jamais voulu jeter (intouchable elle, hein!), des notes de cours quand j’étais à la fac, etc…
bref, en deux heures, j’ai re-vécu une partie de ma vie…
Malgré tout j’ai réussi à jeter un nouveau mètre cube de paperasse.
Après cet exploit (ne riez pas, c’est difficile de jeter!), épuisés (4 heures de manutention, des kilos de papier ou de matériel déplacés, des décisions difficiles prises) nous avons arrêté.
Demain (c’est à dire aujourd’hui, brrrr ), il faudra continuer. Le plus dur n’est pas fait, il va falloir ranger dans l’espace libéré ce qui s’entasse à côté du bureau, derrière le bureau et même sous le bureau.
Mais c’est une autre histoire…
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