De Soubiran à Jaddo…

24 octobre 2011 à 17:57 | Publié dans Médecine, Souvenirs | 5 commentaires
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Du jour où j’ai voulu faire médecine, les romans écrits par des médecins ont été pour moi d’une part un plaisir et d’autre part une source de réflexion.

J’ai commencé par les Hommes en blanc, d’André Soubiran. J’étais au début de mes études. C’était un livre déjà ancien, on le trouvait en collection de poche, heureusement, car je crois bien qu’il y avait six tomes.

Il racontait une époque révolue, si proche cependant, où le Patron régnait en maître absolu et parfois despotique, où les patients n’avaient que le droit de se taire, où il n’était même pas question de donner un embryon d’explications au malade et encore moins à sa famille. Le médecin ne pouvait qu’avoir raison, et aucune discussion n’était possible.  L’avortement était interdit et donc criminel, et les femmes mouraient en nombre sous les yeux désespérés des médecins.

C’était loin derrière nous, et pendant mes études je n’ai que peu rencontré ce type de patrons, et tout allait bien. Je crois que j’ai eu de la chance quand j’ai choisi mes stages.

Je me suis installée, j’ai créé un cabinet de médecine générale dans une zone isolée, et j’ai lu la maladie de Sachs de Martin Winckler. Il racontait ce que je vivais, il se décrivait et je me sentais comme lui, en accord avec lui. J’essayais de traiter mes patients le mieux possible, avec l’empathie nécessaire et j’ai beaucoup aimé son livre.

Et puis il en a écrit d’autres, j’ai appris qu’il avait arrêté d’exercer en France, et je me suis dit qu’il avait peut-être été dégoûté par la pratique de médecine qu’on nous imposait peu à peu.

Quelques années plus tard encore, je suis allée sur Twitter, j’ai découvert les jeunes médecins d’aujourd’hui. Leurs blogs racontent avec leurs mots  leurs interrogations, leurs difficultés.

Pour certaines, ce sont les mêmes depuis Hippocrate.

Mais notre société a changé, et ce changement induit une différence considérable  dans les rapports médecin patient.

De paternaliste et tout-puissant, celui ci devient un technicien, un égal, voire un inférieur auquel on demande d’apporter une réponse technique à un problème donné.

Dans ce monde où le savoir paraît facilement accessible, les médecins doivent démontrer au quotidien la valeur ajoutée de leurs longues et difficiles études.

Or il ne suffit pas de chercher un renseignement sur internet pour faire une réponse médicale. Il ne suffit pas de consulter un arbre décisionnel pour savoir quelle décision prendre dans un dossier précis.

Parmi eux, comme eux, Jaddo expose ses réflexions de jeune étudiante, de médecin remplaçante.

Elle le fait avec beaucoup de talent, et le livre qu’elle vient de publier devrait avoir un succès amplement mérité.

De livre en livre, d’époque en époque, la médecine se dessine, les médecins se dévoilent, et à travers eux c’est toute la société qui a évolué.

Alors merci à André Soubiran , merci à Martin Winckler, merci à Jaddo, merci à tous les autres médecins, aux autres professionnels de santé aussi (aide-soignante, infirmières, sages-femmes …) qui prennent le temps d’écrire sur leurs blogs, et de donner des médecins et de la médecine, au fil du temps, une image réaliste et humaine.

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5 commentaires »

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  1. effectivement un grand merci à jaddo je ne me souviens plus comment je suis arrivé chez elle
    mais c’est grâce à elle que j’ai rencontré d’autres médecins de la blogosphère
    (dont vous bien sûr)
    jusqu’à ce que je les rencontre je me sentais assez décalé et perdu parmi les confrères que je rencontrais dans les congrès qui étaient « nez dans le guidon » ou pensaient plus à l’achat de leur prochaine machine (nous en avons de très belles qui font rêver) ou de leur prochaine voiture.
    un gros inconvénient : les réflexions de ces confrères sont extrèmement intéressantes et on y passe un temps fou …mais ça vaut la peine
    donc merci à jaddo et les medecins blogueurs ou « commenteurs » ou twitteurs d’exister
    une question pas politiquement correcte me vient maintenant : est ce que ceux qui ne touchent jamais à internet et à la blogosphère réfléchissent à leur pratique ???

  2. J’avoue être un peu déçue, au premier coup d’oeil j’avais lu « de Soubirou à Jaddo », je m’attendais à autre chose…
    Pardon à André Soubiran et merci pour ce bel article….

    • Désolée pour la méprise 🙂 Bernadette Soubirou, c’est ça ?

  3. depuis quelques temps, je parcours la blogosphère médicale et paramédicale… ma vision n’est pas celle d’un médecin (vu que je n’en suis pas une!), mais d’une infirmière… et c’est intéressant de voir le « après » des médecins-assistants (internes en France)… car pour nous, personnel hospitalier, on les croise à un moment X où ils commencent à ouvrir leurs ailes, mais ne peuvent pas encore voler seuls… ou presque!
    bref, merci à vous tous, médecins blogueurs 🙂

    • Merci, ton commentaire me fait plaisir parce que c’est le but : intéresser, montrer l’envers du décor…


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