Brèves de voyage 2

5 janvier 2014 à 10:36 | Publié dans Souvenirs | Laisser un commentaire
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Le métro, quand on a presque toute la ligne à faire, sans livre, sans journal et sans téléphone, c’est long.
Mais ça permet de voir ce qui se passe autour de soi.
Ce jour là, il y a longtemps, je devais avoir 18 ou 19 ans, j’étais en 2è année de médecine, je sortais d’une séance de dissection, j’avais l’impression d’avoir l’odeur du formol collée à la peau, et j’avais besoin de voir des gens vivants pour me changer les idées.
Le métro pour ça c’est bien, on voit des gens.
Ce jour là, donc, quand j’entre dans la rame, il y a une place sur une banquette en bordure de l’allée, en bout de rame. Je m’installe le plus confortablement possible, il y a du monde. Et j’observe (discrètement) mes voisins.
À ma droite sur la banquette de l’autre côté de l’allée, dans le même sens que moi, un couple, lui doit avoir entre 50 et 60 ans, et elle à peine 30 ans. Il a le bras droit posé sur son épaule, et il lui parle, l’embrasse dans le cou.
La rame démarre.
Quelques stations passent, je rêvasse un peu.
Je suis tirée de ma torpeur quand je vois mon voisin dégager brusquement son bras et se lever comme un ressort, la jeune femme restant interloquée.
Elle va vite comprendre, et moi aussi.
Un couple d’une cinquantaine d’années vient d’entrer, salue Monsieur « bonjour quelle surprise, Christian », jette un regard sur la demoiselle, et s’installe en face d’eux où les places viennent de se libérer.
La rame repart, et la conversation s’engage, je devrais dire l’interrogatoire :
« Alors que devenez vous? Vous travaillez en ce moment? (Sous entendu qu’est-ce que vous faites dans le métro à 4h de l’après-midi?)
Et votre femme, elle va bien? (Regard appuyé de la dame vers la demoiselle)
Et vos enfants, ils font des études?
Il faudrait qu’on se voit un de ces jours… »
Et bla bla bla et bla bla bla, sans interruption.

La demoiselle regarde par la fenêtre les murs du métro qui défilent…
Quelques stations plus tard (je ne saurai jamais si c’était son arrêt véritable ou si elle a essayé de donner le change en sortant avant le dénommé Christian), elle se lève, passe devant eux pour sortir, pendant que Christian tend son bras gauche derrière elle pour la caresser discrètement pendant qu’elle passe, sous mes yeux, à moi qui suis justement là dans l’angle.
Elle passe, donc, et se retrouve devant la porte, derrière le couple donc, et jette un sourire éclatant et triste à Christian, qui lui, face au couple, ne peut pas répondre.
Elle sort.
La conversation continue, mais avec moins d’entrain, le couple n’ayant plus de vrai motif pour évoquer les souvenirs communs et toute la famille de Christian.
Encore quelques stations, et Christian sort.
Et le couple de commenter avec force appréciation la scène qui vient de se dérouler. Madame est très virulente et affirmative, Monsieur moins, il essaie d’introduire le doute dans les certitudes de Madame.
Solidarité masculine probablement….
J’ai eu l’impression d’avoir assisté bien malgré moi à un mauvais vaudeville…. mauvais mais efficace pour oublier la table de dissection….

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De Soubiran à Jaddo…

24 octobre 2011 à 17:57 | Publié dans Médecine, Souvenirs | 5 commentaires
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Du jour où j’ai voulu faire médecine, les romans écrits par des médecins ont été pour moi d’une part un plaisir et d’autre part une source de réflexion.

J’ai commencé par les Hommes en blanc, d’André Soubiran. J’étais au début de mes études. C’était un livre déjà ancien, on le trouvait en collection de poche, heureusement, car je crois bien qu’il y avait six tomes.

Il racontait une époque révolue, si proche cependant, où le Patron régnait en maître absolu et parfois despotique, où les patients n’avaient que le droit de se taire, où il n’était même pas question de donner un embryon d’explications au malade et encore moins à sa famille. Le médecin ne pouvait qu’avoir raison, et aucune discussion n’était possible.  L’avortement était interdit et donc criminel, et les femmes mouraient en nombre sous les yeux désespérés des médecins.

C’était loin derrière nous, et pendant mes études je n’ai que peu rencontré ce type de patrons, et tout allait bien. Je crois que j’ai eu de la chance quand j’ai choisi mes stages.

Je me suis installée, j’ai créé un cabinet de médecine générale dans une zone isolée, et j’ai lu la maladie de Sachs de Martin Winckler. Il racontait ce que je vivais, il se décrivait et je me sentais comme lui, en accord avec lui. J’essayais de traiter mes patients le mieux possible, avec l’empathie nécessaire et j’ai beaucoup aimé son livre.

Et puis il en a écrit d’autres, j’ai appris qu’il avait arrêté d’exercer en France, et je me suis dit qu’il avait peut-être été dégoûté par la pratique de médecine qu’on nous imposait peu à peu.

Quelques années plus tard encore, je suis allée sur Twitter, j’ai découvert les jeunes médecins d’aujourd’hui. Leurs blogs racontent avec leurs mots  leurs interrogations, leurs difficultés.

Pour certaines, ce sont les mêmes depuis Hippocrate.

Mais notre société a changé, et ce changement induit une différence considérable  dans les rapports médecin patient.

De paternaliste et tout-puissant, celui ci devient un technicien, un égal, voire un inférieur auquel on demande d’apporter une réponse technique à un problème donné.

Dans ce monde où le savoir paraît facilement accessible, les médecins doivent démontrer au quotidien la valeur ajoutée de leurs longues et difficiles études.

Or il ne suffit pas de chercher un renseignement sur internet pour faire une réponse médicale. Il ne suffit pas de consulter un arbre décisionnel pour savoir quelle décision prendre dans un dossier précis.

Parmi eux, comme eux, Jaddo expose ses réflexions de jeune étudiante, de médecin remplaçante.

Elle le fait avec beaucoup de talent, et le livre qu’elle vient de publier devrait avoir un succès amplement mérité.

De livre en livre, d’époque en époque, la médecine se dessine, les médecins se dévoilent, et à travers eux c’est toute la société qui a évolué.

Alors merci à André Soubiran , merci à Martin Winckler, merci à Jaddo, merci à tous les autres médecins, aux autres professionnels de santé aussi (aide-soignante, infirmières, sages-femmes …) qui prennent le temps d’écrire sur leurs blogs, et de donner des médecins et de la médecine, au fil du temps, une image réaliste et humaine.

Jetez-moi tout ça

18 août 2011 à 09:03 | Publié dans Souvenirs | 4 commentaires
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Hier soir j’ai fait du rangement dans mon cabinet. En réalité j’ai COMMENCÉ à faire du rangement, parce que ce n’est pas en une soirée que ça peut être réglé.

Principe numéro 1 : pour ranger il faut faire de la place. En effet, il n’y a plus de place nulle part dans mon cabinet ni chez moi, donc il faut faire du vide.

Principe numéro 2 : Selon les principes des vases communicants, on va commencer par l’extrémité ultime de la chaîne de rangement, la cave du cabinet.

Je m’explique : quand on n’a plus de place, on se dit que tel objet on y tient, il peut encore servir, on ne veut pas le jeter, donc on le met A LA CAVE.
Viens le jour où même à la cave il n’y a plus de place, et donc, l’objet, après un certain temps passé à la cave, va pouvoir être jeté.

Remarquez bien, j’aurais pu le jeter il y a 15 ans, quand je l’ai descendu à la cave, mais non. Le stage à la cave est une étape nécessaire chez les Jasamod avant une séparation définitive.

Ainsi fut entrepris, hier soir, à la lueur de la minuterie. Donc on commence par la cave.

J’ai pu faire disparaitre des objets sans doute de collection, comme un Mac de 1992, date à laquelle nous, les Mac-addict, nous sommes passés à l’ennemi, au monde PC.
(Ironie de l’histoire je reviens au monde Apple par l’iPhone et l’iPad…)
Bon à propos du Mac, n’essayez pas de le récupérer comme une pièce de collection, les encombrants ont dû le prendre ce matin, à moins qu’un passant malin ne l’ai emporté avant, avec tous les modes d’emploi utiles, son imprimante, des disques durs, toute la connectique.
Et puis d’autres appareils aussi inutiles et hors service , par exemple un lecteur de K7 audio, je suis sûre que les jeunes ne savent même pas à quoi ça ressemble une cassette audio, et puis j’ai déjà numérisé les cassettes vraiment importantes, les enregistrements perso, ceux qui n’existeront jamais en CD…) et puis de toute façon s’il est à la cave c’est qu’il ne fonctionne plus….

Ça, c’était le plus facile.

Ensuite sont arrivés les cartons de livres.

Il faut dire que chez les Jasamod on aime les livres, on a tendance à en acheter, beaucoup, et on a du mal à s’en séparer. Je ne parle pas des livres de qualité, non, ceux là figurent dans la bibliothèque familiale, mais il y a les livres de nos études, ceux qui sont trop abîmés pour être exposés, ceux qu’on a lus le temps d’un été mais qui ne valent pas grand chose… La collection de livres en 25 volumes (1 carton entier) que M. Jasamod a reçu en cadeau de sa môman quand il avait 10 ans, et dont il ne séparerait pour rien au monde.
Bref la discussion a été ardue, on a jeté un tout petit peu, on a gardé beaucoup, mais finalement on a bien dû libérer un mètre cube dans cette cave.

Remontés dans le cabinet, car je vous rappelle que nous en étions à la première étape, nous avons attaqués la deuxième étape : dans les placards du cabinet voir ce qui peut être jeté directement, et ce qui doit transiter par la cave « maintenant qu’il y a de la place ».
Je vous passe sur les difficultés de départ : pour ouvrir les placards en question, trouver où la secrétaire, qui est en vacances, a rangé les clés, etc.

Et là placards ouverts, découvrir des trésors :
Bien rangés dans des chemises cartonnées, toute une époque de ma vie, il y a 10 ans à peine, que j’avais un peu oubliée.
Toutes ces formations auxquelles j’avais participé, que j’avais organisées parfois, les réponses aux appels d’offres ( les initiés comprendront, je ferai un billet sur ce sujet un jour, quand le formalisme devient plus important que le contenu), les signatures des présents, les programmes, les échanges de courriers, bref tout ce travail énorme fait il y a seulement quelques années…
Mais aussi la poupée de mon enfance que je n’avais jamais voulu jeter (intouchable elle, hein!), des notes de cours quand j’étais à la fac, etc…
bref, en deux heures, j’ai re-vécu une partie de ma vie…

Malgré tout j’ai réussi à jeter un nouveau mètre cube de paperasse.

Après cet exploit (ne riez pas, c’est difficile de jeter!), épuisés (4 heures de manutention, des kilos de papier ou de matériel déplacés, des décisions difficiles prises) nous avons arrêté.

Demain (c’est à dire aujourd’hui, brrrr ), il faudra continuer. Le plus dur n’est pas fait, il va falloir ranger dans l’espace libéré ce qui s’entasse à côté du bureau, derrière le bureau et même sous le bureau.

Mais c’est une autre histoire…

Un deal avec Germaine

28 mai 2011 à 10:02 | Publié dans clinique, Souvenirs | 2 commentaires
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Lorsque je rencontre Germaine pour la première fois, j’ai 26 ans.
Je viens de créer mon cabinet de médecine générale, parce que je viens d’obtenir mon diplôme, et qu’après quelques remplacements, je souhaite être indépendante. Je suis dans un endroit assez reculé et isolé, où j’ai suivi M. Jasamod…
En ce temps là (il y a …quelques… années), en ce lieu là, il n’y a pas beaucoup de jeunes médecins, et encore moins de jeunes femmes médecins.
Bref Germaine est venue à mon cabinet parce qu’elle a 70 ans, qu’elle a l’impression que son vieux médecin la connaît trop bien, qu’il ne l’écoute plus, qu’elle ne l’intéresse plus. Et puis sa salle d’attente est toujours pleine, il a peu de temps à consacrer à chaque patient… Et bien sûr, pour moi qui vient de visser ma plaque, ce n’est pas encore le cas! Et être soignée par une femme, pour Germaine, féministe avant l’heure, c’est le top!
Moi, je sors juste de la fac, et j’ai toutes mes certitudes bien ancrées que je veux absolument appliquer.
Je commence par l’interrogatoire, j’en retiens que Germaine a un long passé de colite, un peu d’hypertension, et puis c’est tout.
Je la fais déshabiller et l’examine tranquillement. Elle est contente, Germaine, ça fait des siècles que son médecin, même pour prendre la tension, ne lui fait plus enlever son chemisier. Bon je vois ça et là des choses qu’il faudra prendre en charge (un retour veineux fatigué, une peau avec quelques lésions à préciser), mais rien de tout cela ne me paraît très urgent. L’abdomen est souple mais aussi avec une sensation cartonnée, caractéristique de ces colons qui ont subi trop de laxatifs irritants, .
Germaine se rhabille, et je regarde son ordonnance précédente, qu’elle me demande de renouveler. Et là je vois DEUX laxatifs très irritants, dont on m’a bien appris qu’il ne fallait JAMAIS les prendre au long cours, seulement de manière très ponctuelle.
Pourquoi ils sont conditionnés en boîtes de 30, ça ça fait partie des mystères qui ne sont pas encore résolus…
Bref je dis à Germaine que pas question que je lui renouvelle ses deux laxatifs, très toxiques etc. Je lui refais mon cours…
Et là, je vois ma brave Germaine, si contente, si joyeuse même d’avoir trouvé sa petite docteur toute gentille, se décomposer sous mes yeux. « mais Docteur, vous ne pouvez pas me faire ça… Ça fait trente ans que j’en prends tous les jours… Je ne peux pas m’en passer. Je vous en prie Docteur, ne me faites pas ça. »

Et là je vois une telle détresse dans le regard de Germaine que ma volonté fléchit vraiment.
Je me dis que Germaine a quasiment l’âge qu’aurait ma grand- mère si elle était vivante, qu’elle a une expérience qui justifie au minimum de l’écouter, et qu’elle sait au moins un peu comment fonctionne son corps. Et que si je lui arrête vraiment ses laxatifs elle risque d’avoir une constipation importante… Je réfléchis à toute vitesse, il faut trouver une solution satisfaisante pour nous deux.

Alors je lui propose un deal : je lui prescris son traitement habituel pour 3 mois, comme ça elle se sent sécurisée, elle a ses comprimés. En échange, elle s’engage à espacer les prises, un jour sur deux pour commencer, et pour l’aider je lui ajoute (!) un laxatif doux. On se revoit dans un mois pour faire le point. Je lui prescris le traitement pour 3 mois justement pour que la consultation dans un mois ne soit pas une obligation, mais un libre choix de sa part pour revenir me voir…
Et le deal a marché. Au bout d’un mois Germaine est revenue toute fière (« vous allez être contente de moi, Docteur! ») parce qu’elle ne prend plus ces médicaments qu’un jour sur trois, et en 6 mois elle en était totalement sevrée…
Quelques années plus tard elle m’a reparlé de cet épisode : « Vous vous souvenez, Docteur, de notre première rencontre? » (comme si un épisode aussi important pouvait s’oublier!). « Quand vous avez changé d’avis, j’ai su que vous seriez mon médecin de confiance! »

Germaine, la patiente qui m’a fait passer du stade de jeune médecin imbue de ses connaissances au stade de médecin à l’écoute de ses patients.

Téléphonie

7 mai 2011 à 20:58 | Publié dans Souvenirs | Un commentaire

Mon iPhone dans la poche, très difficile de s’en passer.
Comment faisions-nous « avant »?
Il y a 30 ans, jeune étudiante, j’emménageai dans un petit studio. Délai pour obtenir une ligne : 3 mois. Et pas au fin fond d’un petit village, non, en plein Paris. Pour téléphoner il fallait descendre à la cabine téléphonique la plus proche, avec des pièces plein les poches, et attendre son tour… Ce n’était plus le 22 à Asnieres, non, les communications ne passaient plus par un standard, elles étaient directes, mais tous les appartements n’étaient donc pas reliés.
Il y a 25 ans, de lourds et encombrants téléphones « portables » permettaient d’être joints quand on était de garde. On les laissait dans la voiture, et entre deux visites, on vérifiait les nouveaux appels auprès du secrétariat.
Il y a 20 ans sont apparus les premiers téléphones vraiment portables, et la vie a changé : plus d’attente à un point A pendant que l’autre est au point B parce qu’on s’est mal compris, plus d’ angoisse quand on est bloqué en voiture et attendu, etc.
Il y a 15 ans internet est arrivé dans nos vies. Un jour de 1995 je me suis vu proposer l’installation dune ligne à haut débit pour internet à titre expérimental… Nouvelle révolution.
Ensuite les téléphones portables ont été connectés à internet…
Enfin Apple a créé l’iPad… La communication accessible (presque) partout, sans téléphone…

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