A la recherche du MG perdu….

22 septembre 2013 à 10:07 | Publié dans Études, Médecine, twitter | 3 commentaires
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Être médecin généraliste aujourd’hui.

Pendant mes études, je n’ai jamais fait de médecine générale.
Mais comme j’avais choisi plusieurs stages en médecine interne, je savais au moins comment faire un examen clinique complet de médecine générale, comment faire la synthèse d’une consultation.
Mais je ne savais pas gérer un cabinet, faire la paperasse, gérer les patients, traiter une rhinopharyngite…

Ma première année d’installation, de création je devrais dire, dans un endroit isolé parce que j’avais suivi Monsieur, j’ai eu la chance de pouvoir faire un mi-temps dans un « centre de santé » où je succédais à un médecin aguerri. Ses notes sur les dossiers, les traitements en cours, cela m’a aidé pour les patients que je voyais dans le centre, et pour les autres aussi au cabinet…
Ensuite, toute seule dans le grand bain, j’ai développé peu à peu ma patientèle.
Au centre de santé 4 patients par heure, cela ne me convenait pas, c’était trop, je traitais un ou deux problèmes, et je faisais revenir pour les autres.
A mon cabinet, 2 patients par heure, c’était le paradis.
A l’époque, les honoraires décents permettaient cet exercice, même sans travailler à temps complet (2/3 de temps).

Je faisais de la cardiologie, de la pneumologie, de la gastro-entérologie, beaucoup de gynécologie (pose de stérilets, suivi de grossesse…), etc, et de la médecine générale, et ce n’était pas, loin de là, la sommation de toutes les spécialités, c’était complémentaire, c’était une prise en charge globale.
Dès que c’était nécessaire, j’avais la chance d’avoir des spécialistes, peu nombreux mais compétents, qui me donnaient leur avis. C’était passionnant et agréable. J’étais disponible, mais pas envahie, pas débordée.

Pourtant, ceux qui avaient vraiment eu un âge d’or, c’était ceux de la génération d’avant : des patients assez nombreux et respectueux du médecin (jamais on ne l’aurait dérangé pour rien), pas trop de médecins, des honoraires corrects, les débuts de la convention qui solvabilisait les patients sans, alors, pénaliser les médecins…

A mon époque donc, il y avait beaucoup de médecins, généralistes et spécialistes (la médecine générale n’était pas encore une spécialité).
Il y en avait partout! Ceux qui voulaient démarrer vite allaient dans TrouPaumé. Ceux qui préféraient rester dans GrandeVille reprenaient une patientèle, ou créaient un nouveau cabinet, en sachant que trois années difficiles allaient suivre. Mais ils pouvaient prendre des gardes… les astreintes n’étaient pas rémunérées même en rêve, il n’y avait pas de repos compensateur, mais on voyait du monde.
Ceux qui voulaient devenaient salariés…
Toute cette liberté, ça n’a pas plu.
Certains disaient qu’il y avait trop de médecins.
Les tutelles parce que dans leur esprit c’était l’offre (de médecins) qui créait la demande (de patients).
Certains syndicats parce que…. je ne sais pas bien pourquoi, je n’ai jamais compris.
D’où le démarrage du numerus clausus que j’ai vécu (il existait déjà depuis quelques années, ce concours en fin de première année quand je l’ai passé, il n’était pas trop méchant alors).

Plus tard, j’ai dû revenir dans la grande ville, le temps avait passé, les patients avaient changé (oui, autre lieu, autre temps, autres patients!), il y avait encore beaucoup de médecins, mais la convention s’était durcie, les conditions de vie du médecin étaient plus difficiles.

Donc il a fallu faire plus de paperasse, encore plus, et encore, et encore… Les honoraires n’ont pas bougé, les charges se sont alourdies, les conditions de travail se sont tellement dégradées que j’ai vu disparaître (un peu) le métier que j’aimais.

L’acte technique (électrocardiogramme, endoscopie digestive, etc.) était tellement plus rémunérateur que l’acte intellectuel que cet acte intellectuel en est devenu méprisé, nié, oublié.

Les patients sont devenus des « usagers », et moi un prestataire de service.

Les mots jouent un rôle important.

Où est passée la médecine générale ?

Or le médecin généraliste a un rôle spécifique, essentiel, qu’aucun autre spécialiste ne peut assumer.

Heureusement :
beaucoup de patients sont fidèles, respectueux de notre travail, de nos horaires (les lapins, fléaux des cabinets qui reçoivent sur rendez-vous), et nous permettent d’être encore heureux de travailler…
et certains médecins sont décidés a améliorer les choses :
car là, du fond de ma tristesse, j’ai vu la relève : ces jeunes généralistes, fiers de l’être, qui twittent et qui bloguent, et qui ne sont, j’en suis certaine, que la face visible de l’immense majorité des jeunes généralistes.

Comme je les admire, ces jeunes qui malgré les difficultés, osent encore se jeter dans le grand bain, et tenter d’exercer ce métier qui est le plus beau du monde… C’est eux qu’il faut encourager, soutenir, accompagner, aider…
Au lieu de les maltraiter, de les montrer du doigt.
Il faut surtout leur redonner ENVIE.
Si le métier redevient attractif, il n’y aura plus aucun problème de désert médical…
ET CE N’EST PAS une question d’argent.
Ils le disent tous, sur leurs blogs. Écoutez-les, lisez-les.

#PrivésDeMG

Vous trouverez la liste des billets sur le sujet, à jour, sur le blog d’@Euphorite

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